Publié par La Redaction mis à jour le 04/05/20

Covid-19 et les freins au développement socio-économique en Afrique de l’Ouest


Contrastées, les capacités de prise en charge hospitalière ouest-africaines sont actuellement insuffisantes pour faire face aux besoins sanitaires de base des populations. S’il n’existe pas de règle d’or pour déterminer si les personnels de santé sont en effectif suffisant pour couvrir les besoins sanitaires d’une population, l’OMS estime peu probable que les pays disposant de moins de 2,3 professionnels de santé (en associant les médecins, le personnel infirmier et les sages-femmes) pour 1000 habitants puissent couvrir convenablement les interventions essentielles en matière de soins de santé primaires.
Or, dans la CEDEAO, à l’exception du Cap-Vert, aucun des pays n’atteint ce score de 2,3. Certes, la situation progresse le Sénégal a quatre hôpitaux en chantier, la Côte-d’Ivoire a débloqué plus de 3 milliards de francs CFA (4,6 millions d’euros) pour la réfection de ses services d’urgence, etc. De plus, la couverture universelle de santé se développe, avec d’importants progrès effectués au Sénégal, au Bénin ou encore au Ghana. Mais les capacités des services de soins intensifs, équipés des lits adéquats et du matériel respiratoire nécessaires pour la prise en charge des patients infectés par le Covid-19 sont très réduites.
L’Afrique a tout à redouter de la crise économique qui s’esquisse. La fermeture du monde a provoqué un brusque ralentissement de nos économies interconnectées alors que le mouvement de globalisation et d’élargissement des marchés s’est traduit par une réorganisation des chaînes de valeur et la suppression des redondances. La crise en Chine et la fermeture des frontières paralyse ainsi de nombreuses activités alors que le confinement ralentit la demande.
En 2020, l’économie de la CEDEAO reste rentière et fortement dépendante de l’exportation de quelques ressources brutes (pétrole, gaz, minerais, productions alimentaires, etc.). Cette économie est extravertie : les échanges avec les partenaires extérieurs à la CEDEAO pèsent plus sur les résultats économiques de la sous-région que son marché intérieur, dont la taille ne dépasserait pas, en dollars US, 10 % à 15 % des échanges commerciaux totaux. Ces données brutes masquent par ailleurs de forts contrastes entre pays. Quatre d’entre eux, le Ghana, le Nigeria, la Côte-d’Ivoire et le Sénégal assurent à eux seuls 93 % des importations régionales et 94 % des exportations ! Dans ce quatuor, le poids du Nigeria est prépondérant, ses résultats économiques influencent fortement ceux de la communauté économique.
Or, le Nigeria risque d’être particulièrement touché par la crise. Dans le contexte de ralentissement économique, la demande en ressources brutes diminue. Les marchés des partenaires Europe et Chine sont aujourd’hui fermés. Pour les pays producteurs (Nigeria, Ghana, Niger) les effets sur les recettes des États sont immédiats. La situation va donc peser sur la croissance du pays et in extenso, de la sous-région, avec une intensité qui dépendra de la durée de la crise et de la paralysie de l’offre comme du retour de la demande.
À l’échelle du Nigeria, dont le pétrole représente 91 % des exportations, des problèmes importants sont à anticiper : le prix du brut a chuté à 30 dollars US alors que le prix anticipé dans le budget fédéral 2020 est de 57 dollars US. Selon Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), le Nigeria à lui seul pourrait perdre 19 milliards de dollars US en 2020.
Les importations régionales sont dominées par 10 catégories de produits. Les hydrocarbures représentent 24 % des importations totales. Ils sont suivis par les automobiles, tracteurs, cycles et autres véhicules, les machines, appareils mécaniques et chaudières , les machines et appareils électriques , les céréales , les plastiques , la ferronnerie, le fer et l’acier , la fonte, l’acier , les produits pharmaceutiques , le poisson et les fruits de mer .
Avec 41 % des transactions, le Nigeria occupe la première position. Il est suivi du Ghana avec 18 %, du Sénégal et de la Côte-d’Ivoire qui représentent chacun 10 %. Ensemble, le Nigeria et le Ghana représentent 59 % des importations de la Communauté contre 36 % pour les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Burkina Faso, Mali, Sénégal, Côte-d’Ivoire, Niger, Guinée-Bissau, Bénin, Togo). Les autres cinq pays de la CEDEAO (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Gambie, Cap-Vert) représentent seulement 5 % des importations de la Communauté.
La sous-région est donc extrêmement dépendante de certaines importations stratégiques pour la gestion de la crise, comme les médicaments, les céréales… Face à la crise des partenaires extérieurs et dans un contexte d’incapacité du marché intérieur à se substituer aux importations, des augmentations de prix et des pénuries peuvent être anticipées.
Sans injection massive de capitaux pour poursuivre les projets en cours ou programmés, le ralentissement des économies ouest-africaines devrait avoir des effets sur la mise en œuvre des processus de développement initiés par les États avec l’appui de leurs partenaires. Pour créer des emplois et diversifier leurs économies, les États ouest-africains se sont engagés dans la mise en œuvre de stratégies de développement et de transformation structurelle de leurs économies.
Ces plans les ont notamment conduits à investir massivement dans les infrastructures pour le développement. Ces États se sont ré-endettés auprès de leurs créanciers internationaux (institutions multilatérales de financement, partenaires bilatéraux, entreprises privées, marchés financiers) alors que la chute des exportations va provoquer une baisse des revenus commerciaux et des ressources pour les États.
Or, cette crise intervient après une période d’emprunt sans précédent sur les marchés, marquée, à l’échelle mondiale, par un renforcement de l’emprunt public comme privé. Cette situation renforce les risques encourus par les économies ouest-africaines. À la fin de 2018, le stock de dette contracté auprès des marchés atteignait 229 milliards de dollars US. Cette somme représente deux fois et demie le produit intérieur brut (PIB) mondial et une augmentation générale de 152 milliards de dollars US depuis la crise financière de 2008 ! Les producteurs de ressources largement endettés, comme le sont les pays ouest-africains, sont sur la ligne de front des stress provoqués sur les marchés par la pandémie de Covid-19, notamment si leurs réserves de change sont limitées.
À court terme, la situation devrait aussi modifier l’attractivité des marchés africains pour les investisseurs privés. Une baisse des investissements directs étrangers doit être anticipée. Les IDE dans la partie continentale de la Chine auraient ainsi chuté de 8,6 % en glissement annuel au cours des deux premiers mois de l’année 2020. Une ventilation des données suggère que les entrées d’IDE ont augmenté de 4 % par rapport à l’année précédente en janvier, mais auraient chuté de 25,6 % en février.
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a analysé plusieurs scénarios de l’impact de l’épidémie sur les investissements dans plusieurs régions du monde. Avec des scénarios de propagation de l’épidémie allant d’une stabilisation à court terme à une poursuite tout au long de l’année, la baisse des IDE pourrait osciller entre – 5 % et – 15 % (par rapport aux prévisions précédentes qui prévoyaient une croissance marginale des IDE pour 2020-2021).
La CNUCED envisageait initialement des effets très inégalement répartis entre les régions du monde. L’institution estimait que les pays les plus gravement touchés par l’épidémie et ceux qui étaient contraints de prendre les mesures les plus drastiques pour contenir la propagation du virus connaîtraient les répercussions financières les plus fortes, mais restait «optimiste» concernant l’Afrique à la fin février et estimait que la baisse à anticiper était de l’ordre de 1 % contre 9 % au niveau mondial.
Alors qu’ils sont eux-mêmes englués dans la crise, les partenaires du développement doivent également porter leur attention sur les conséquences de la pandémie dans les pays en développement. La réaction tardive des autorités lors de la crise d’Ebola a permis de tirer des leçons sur les gestes à adopter; force est de reconnaître que la mobilisation semble, pour l’heure, encourageante.
Gel des dettes bilatérales et politiques de soutien?
Le 25 mars, face aux conséquences potentielles de la pandémie de Covid-19, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont appelé au gel du remboursement des dettes bilatérales des pays pauvres qui en feront la demande. Il appartient ensuite à chaque pays de négocier avec les partenaires bilatéraux, sachant que le FMI et la Banque mondiale sont des institutions multinationales qui ne peuvent pas dicter leur conduite aux pays. La négociation de ces suspensions permettrait de différer les remboursements et d’utiliser les créances pour financer la lutte contre la propagation du coronavirus et atténuer les difficultés économiques générées par la pandémie.
Notons qu’à l’échelle du continent, l’Afrique de l’Ouest fait figure de bon élève en matière d’endettement ; elle n’est pas nécessairement la sous-région la plus fragile. En 2018, l’Afrique de l’Ouest présente le ratio de dette publique le plus faible du continent, avec un taux moyen de 38 % du PIB. Toutefois, ces chiffres sont en trompe-l’œil : le faible endettement de la sous-région est largement tributaire du faible endettement du Nigeria (28 % du PIB). Le reste de la zone affiche un ratio nettement plus élevé (56 % du PIB). En 2019, l’encours de dette obligataire externe a ainsi atteint 15 % du PIB au Sénégal, 14 % en Côte- d’Ivoire, 11 % au Ghana.
Alors que les négociations devraient s’engager avec les pays membres de la Banque mondiale, la Chine semble avoir pris les devants et intensifie ses efforts pour se présenter en premier urgentiste du monde, cherchant ainsi à restaurer une image dégradée par l’absence de transparence dans la gestion de cette crise épidémique. Les annonces se succèdent sans pour autant lever le voile d’une opacité souvent consubstantielle des interventions de l’empire du Milieu.
La stratégie s’appuie sur une forte médiatisation des prêts et dons effectués en argent comme en matériel. Les fondations Jack Ma et Alibaba sont particulièrement actives; elles font dons de quantités importantes de masques chirurgicaux ou d’équipement de protection comme de kits de dépistage. Ces fondations entendent œuvrer dans plus de 50 pays africains, dont ceux de la CEDEAO. Elles ont fait de l’Éthiopie la basse logistique de ces opérations. Certaines marques ne sont pas en reste et soulignent leur «responsabilité sociale».



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